Enseigner: où va le métier?

... beau thème de débat que proposent les Entrevues de LIFE, mardi 17 septembre, dès 19h, en les murs de l’Uni Mail (salle S150).

Première partie (19h-20h): Enseigner: où va le métier ? Avec les trois points de vue de Philippe Meirieu (professeur émérite de l’Université de Lyon II), Samuel Rohrbach (Président du Syndicat des enseignant·es romand·es) et Isabelle Vuillemin, directrice du Service enseignement et évaluation à la Direction générale de l’enseignement obligatoire de Genève. 

 
Deuxième partie (20h-21h) : Débat avec la salle, animé par Etiennette Vellas, membre associée, et l’équipe LIFE. 
 

LIFE présente:

«Qui ne sait pas vers quel port il doit tendre n’a pas de vent qui lui soit bon» écrivait Sénèque à Lucilius. L’enseignement ne manque certes pas de buts, d’objectifs, de missions. Il est encadré par des programmes, des manuels, des directives. Les praticiens travaillent sous le contrôle d’une hiérarchie rendant des comptes à l’État et à la population. Tout est a priori bien orienté, et si cela ne suffit pas, la recherche peut identifier des errances et suggérer des corrections. Mais justement: tant de régulation précise-t-elle le cap ou aurait-elle parfois tendance à le brouiller? Plus les prétentions à gouverner l’école se multiplient, plus le sentiment peut s’installer de ne plus savoir à qui ni à quoi se fier. Le régent était jadis chargé de désigner les œuvres, les savoirs et les valeurs auxquels aspirer: les enseignants et enseignantes d’aujourd’hui ne sont suivis que si les élèves et leurs parents trouvent eux-mêmes un sens à ce qui leur est proposé. Certains professionnels jugent cela anormal, et réclament plus de respect voire de soutien pour leur fonction. D’autres en déduisent plutôt la nécessité de gagner en compétence, en qualification, en pouvoir de convaincre et de conquérir leur autonomie sans attendre qu’elle leur soit concédée. Où est l’équilibre? Les divisions internes sur la route à suivre – faut-il plus ou moins d’instructions, de délégations, de coopération, d’inclusion, de différenciation, d’évaluation, de notation, de sélection? – peuvent s’exprimer dans les salles des maîtres ou les syndicats, à propos des réformes ou du travail ordinaire: elles ajoutent au désarroi si elles sont vécues comme des anomalies plutôt que comme des occasions de fixer ensemble des priorités.

 

La recherche et les comparaisons internationales montrent que rien n’est fatal, puisque la situation peut varier d’une région à l’autre. Plus l’école et l’enseignement sont localement idéalisés, plus ils peuvent paradoxalement décevoir autour d’eux, être incriminés pour leurs imperfections et finalement se résigner à l’absence de perspective engageante. Les discours peuvent devenir d’autant plus lyriques et les controverses spectaculaires qu’ils prennent leurs distances avec la réalité. Ce sont les approches pragmatiques – donc lucides – qui renforcent davantage et sans surprise les pratiques: celles qui profilent les enseignants en experts de l’enseignement, qui font confiance à leur intelligence et à leurs tâtonnements, qui leur échangent leur autonomie contre des comptes à rendre, qui font de l’évaluation un révélateur plutôt qu’un paravent, qui parient que plus de compétences font plus d’autorité, donc que l’avenir du métier d’instruire est moins de clouer le bec aux sceptiques que de gagner en savoirs et en formation pour convaincre sans relâche qu’il est au service de la société. Une telle dynamique ne s’obtient pas d’un claquement de doigt. Elle est d’autant plus difficile à trouver que le conflit mondial pour le contrôle des richesses provoque anxiété, doute et fragmentations dans nos démocraties, et le recul de la raison coopérative devant des leaders faisant rimer force et post-vérité. Mais si c’est à ce monde-là que nos enfants sont voués, n’est-ce pas du péril qu’émergent les jalons susceptibles de l’éviter? À l’heure où une jeune Suédoise fait la grève de l’école pour réveiller les consciences, l’école ne devrait-elle pas fixer la démocratisation du monde comme son inconfortable mais authentique horizon?

Cette Entrevue de LIFE souhaite explorer l’avenir à la lumière du présent, de ses incertitudes et de ses risques symétriques de pensée magique et de désenchantement. Elle fait l’hypothèse – avec Antonio Gramsci – que le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté peuvent se compléter. Regardons donc les dangers en face, ne faisons pas comme s’il suffisait d’en rire pour s’en libérer, n’attendons pas le salut d’un pouvoir providentiel, enfin omniscient, mais repérons les ornières pour chercher entre elles (et entre nous) le chemin.

Philippe Meirieu jouera le rôle d’éclaireur, lui qui a dirigé l’édition du livre d’Olivier Maulini: Enseigner entre engagement et lucidité. Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands et Isabelle Vuillemin, directrice du Service enseignement et évaluation de l’enseignement obligatoire de Genève lui donneront la réplique du point de vue des professionnel·les et de l’autorité scolaire. Le débat s’étendra ensuite à la salle, parce qu’il doit être large lorsque la voie est étroite à tracer.