L’épuisement professionnel des enseignant·es

Seulement quelques jours après la rentrée, je reçois l’alerte d’une équipe déjà épuisée que je souhaite partager ici avec vous. Depuis, les cas s’accumulent et m’inquiètent de plus en plus.

 

Les enseignant·es constatent, année après année, que le nombre d’enfants ayant des besoins spécifiques augmente (troubles de l’opposition, mesures DYS, élèves épileptiques, non acquisition de la propreté, mobilité réduite provisoirement). Certains de ces besoins devraient être couverts par d’autres professionnel ·les, mais évidemment, les ressources manquent et c’est systématiquement à l’équipe de compenser le manque d’encadrement PAT des établissements du primaire. Couvrir ces besoins requiert de plus en plus d’attention et de travail.

De plus, il faut tenir compte des inclusions en rang 2 et 1 (trisomie et troubles du spectre autistique entre autres). Ces élèves sont parfois soutenu·es en classe par différent·es intervant·es externes (pas toujours qualifié·es), mais trop souvent à dose homéopathique. Si ce soutien est néanmoins apprécié, il nécessite une grande coordination qui s’ajoute à la charge de travail, déjà trop importante des enseignant·es.

Par ailleurs, les collègues qui m’ont alertée ont la chance d’accueillir dans leur établissement une équipe pluridisciplinaire qui leur demande cependant pour l’instant un investissement supplémentaire important, dont elles espèrent néanmoins profiter des bénéfices ultérieurement. L’équipe pluridisciplinaire n’a en effet pas pour mandat et encore moins le temps de prendre en charge l’ensemble des problématiques rencontrées par les écoles sur le terrain et le sentiment quant à l’investissement des professionnel·les qui la composent dans la vie de l’école reste pour le moins mitigé. Ainsi, une surcharge de travail importante est générée avec des répercussions directes sur les conditions de travail et la santé de nos collègues (beaucoup d’absences pour cause de maladie, équipe irritable et fatiguée).

Les seules mesures de soutien proposées par l’institution se réduisent souvent à des aménagements, compliqués, contraignants, voire dangereux. La gestion des récréations semble se complexifier dans de nombreux établissements. Certain·es élèves demandent en effet une attention particulière lors de ces moments qui devraient impliquer une coordination avec d’autres professionnel·les (accueillir un enfant en chaise roulante, surveiller certain·es élèves en permanence pour des raisons de comportements ou de santé). Sans compter les soins aux élèves blessé·es, les élèves de 1P qui pleurent et s’échappent, les thérapeutes qu’il faut contacter, la communication entre les différent·es professionnel·les y compris la direction d’établissement).

Dans certaines écoles, les collègues sont pratiquement toutes et tous privé·es de leurs temps de pause et arrivent en fin de journée à bout de souffle. L’équipe qui m’a alertée est particulièrement investie et souffre principalement de ne plus pouvoir soutenir au mieux tous et toutes les élèves. Il semble que les années de plus en plus difficiles qui s’enchainent affaiblissent le corps enseignant et de plus en plus de collègues doivent effectuer l’amer constat que les vacances d’été ne suffisent plus à récupérer complètement. Si le département peine à reconnaitre les difficultés que nous rencontrons, l’institution n’hésite pas à augmenter sans cesse notre charge de travail et nous demande au fil des années de plus en plus de disponibilités, de travail et nous affecte de plus en plus de responsabilités. Si les enseignant·es du primaire ont docilement accepté de voir leur cahier des charges gonfler progressivement, il est temps de réagir, non seulement pour la santé de nos collègues, mais aussi et surtout pour faire ce que la SPG s’est toujours engagée à faire, se battre pour une école publique de qualité, une école qui soit vraiment inclusive.

Les collègues soutiennent au prix de leur santé cette école de plus en plus normative qui n’arrive définitivement pas à répondre aux besoins de tous et toutes les élèves. L’école ne tient plus que grâce à l’investissement sans faille des enseignant·es qui compensent tant bien que mal le manque de moyens investis par le Département dans cette école primaire qui reste désespérément son parent pauvre.

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