Quand la pente devient un vrai problème...

Le temps des vacances, propice au repos et au farniente estival, est aussi souvent l’occasion de sortir de chez soi, de voyager et de découvrir (ou redécouvrir) d’autres régions que celle où l’on vit entre boulot et dodo.

D’une construction hydrologique...

Cette année, j’ai eu l’occasion de passer un peu de temps au pied d’un monument emblématique de l’antiquité romaine: le pont du Gard. Cette construction impressionnante qui, comme chacun le sait, n’était à l’origine pas un pont, mais un aqueduc, a été érigée au premier siècle de notre ère afin de permettre l’acheminement de l’eau des sources de l’Eure près d’Uzès, jusqu’à la colonie romaine de Nemausus, la Nîmes actuelle.

Si ce majestueux colosse de calcaire force l’admiration par l’esthétique de son architecture, on reste sidéré dès que l’on s’intéresse de plus près aux détails de cet ambitieux projet. En effet, il s’agissait de capter d’abondantes résurgences situées à plus de 50 km de Nîmes, et de conduire le précieux liquide à travers garrigues et collines en ne disposant que de douze mètres de dénivellation positive, donc même pas vingt-cinq centimètres de pente par kilomètre de canalisation. Un exploit pour l’époque!

Après plus de quatre siècles de bons et loyaux services, l’aqueduc romain, par manque d’entretien, a commencé à laisser fuir son précieux contenu, et le calcaire a peu à peu bouché les conduits. L’instabilité politique aidant, l’ouvrage a été désaffecté, avant de servir de carrière de pierre pour les villages de la région. Par chance, le Pont du Gard a été préservé, et il nous est parvenu comme témoin d’une époque reculée, mais fascinante.

... à une situation illogique...

Tout cela me ramène à notre réalité scolaire. L’école dans laquelle nous travaillons ressemble en effet un peu à cet ouvrage d’art romain. Entre les sources du savoir et le bassin de réception de nos classes, il y a cette institution qui nous est chère… et qui parfois coûte cher. Depuis toujours, l’école neuchâteloise fonctionne avec des moyens limités. Nous avons donc pris l’habitude que l’argent ne coule pas à flots puissants.

Ces dernières années, hélas, les moyens financiers de l’État ont baissé, et les besoins de l’école n’ont cessé d’augmenter. D’un côté, on n’a eu de cesse de couper, rogner, économiser, supprimer… et de l’autre, on nous réclame toujours plus d’efficacité, de réactivité, de compétences en tous genres. La masse des tâches à accomplir en classe a gonflé démesurément, mais l’aide nous arrive parfois… au compte-goutte.

Un lieu de transmission à défendre

Nous avons maintenant retrouvé nos élèves et attaqué une nouvelle année scolaire. Bienôt, les tracasseries administratives et la surcharge nous feront soupirer dans nos salles des maîtres. Rappelons-nous alors que rien n’est acquis pour l’éternité, et que la plus belle des institutions doit aussi être entretenue régulièrement si elle ne veut pas perdre de son efficacité. En tant qu’enseignant-e-s, nous sommes les principaux acteurs et actrices de l’école. Nous nous devons de la défendre lorsqu’elle est attaquée, afin qu’elle puisse continuer d’être un lieu de transmission des valeurs qui nous sont chères: savoirs, savoir-faire, savoir-être… savoir-vivre!

Belle rentrée!

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