Une directive qui fait couler beaucoup d’encre

Dans sa volonté de présenter au plus vite une réaction politique à la gestion calamiteuse des graves affaires concernant quelques membres du corps enseignant genevois, le Département de l’instruction publique (DIP) a édicté à la rentrée la Directive D.RH.00.25 sur les «devoirs de fonction des membres du personnel enseignant, administratif et technique (PE et PAT) en matière de protection de l’intégrité physique et psychique des élèves, apprentis et stagiaires et de respect de leur dignité». Toutefois, non seulement cette directive ne parvient pas à protéger davantage les élèves, mais elle menace dans le même temps les libertés individuelles du personnel enseignant en dehors de son activité professionnelle.

Cette directive a fait l’objet de nombreuses discussions en commission paritaire du statut (B5.10 04) tout au long de l’année scolaire passée, mais le texte publié sur l’intranet en juillet ne tient pas compte des demandes et des remarques des associations professionnelles. Ces dernières dénoncent notamment un texte qui prétend enfermer les enseignant ·es dans leur devoir d’exemplarité professionnel à toute heure du jour et de la nuit. Elles ont demandé le retrait de cette directive lors de la séance du mois de septembre, le temps qu’aboutisse un texte capable de restaurer la confiance et la sérénité des parents, des élèves et du personnel enseignant. Face au refus d’obtempérer du secrétariat général, les représentant·es des associations professionnelles ont quitté la salle en guise de protestation. L’extension du devoir d’exemplarité – notion subjective, insuffisamment définie dans la directive – à la sphère privée de l’enseignant·e est, en effet, dangereuse et inacceptable.

Si les enseignant·es soutiennent le Département dans sa volonté de garantir la sécurité psychique et physique de leurs élèves, ils et elles s’opposent à ces mesures de façade, liberticides, qui n’apportent aucune plus-value en termes de protection des élèves. Il n’est cependant pas étonnant que les rares mesures prises soient aussi abstraites et peu adaptées, tant le Département est à ce jour incapable de protéger le corps enseignant en cas d’agressions d’élèves, de collègues et même provenant de la hiérarchie et ainsi de garantir la sécurité psychique et physique de ses enseignant·es. Dans le rapport de plus en plus vertical que le Département établit avec ses collaborateur ·trices, il se montre de moins en moins à l’écoute des professionnel·les du terrain et s’en déconnecte toujours davantage.

La réaction vive des enseignant·es face à cette directive est à voir également comme un indicateur du faible degré de confiance que les collaborateur·trices du DIP accordent à leur employeur et démontre l’urgence de rétablir un vrai partenariat entre le département et les associations professionnelles.

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